Le bridon : déconstruction et remise en question

Le bridon avec lequel on apprend à monter en club comporte un mors, une muserolle, une têtière, un frontal, et une sous-gorge. Et si l’on remettait en question chacun de ces éléments, si l’on se demandait quel est leur utilité réelle, ce qu’il adviendrait si on les retirait, comment pourrait-on les améliorer ?

Cet article synthétise les critiques actuelles de chacune des parties d’un bridon, et explore les alternatives possibles.

L’anatomie du bridon remise en question

A quoi sert le mors ?

Les partisans du mors arguent que celui-ci permet la décontraction car il fait mâchouiller l’animal. Ses détracteurs pointent du doigt que cette façon de raisonner ressemble fort à un sophisme. Les méthodes Parelli et La Cense ont popularisé l’équitation sans mors et ont démontré qu’on peut éduquer un cheval sans mors.

A quoi sert la muserolle ?

La muserolle est censée empêcher le cheval d’ouvrir trop la bouche pour échapper aux actions de la main. Sur les carrés de dressage, on voit des muserolles de plus en plus serrées. Voilà l’un des plus grands paradoxes du dressage moderne : Il faut que le cheval démontre sa décontraction en mâchouillant son mors, mais la muserolle serrée qui ferme la bouche de l’animal empêche ce dernier de mâchouiller. J’ai interrogé mon enseignant au sujet de la muserolle : d’après lui, sa fonction est plus esthétique qu’autre chose.

A quoi sert la sous-gorge ? 

La sous-gorge est une lanière de cuir passée sous la gorge du cheval. On pourrait penser qu’elle permet d’empêcher un équidé trop malin de retirer le filet en frottant la têtière quelque part. Mais comme la sous-gorge ne doit pas être trop serrée sous peine d’empêcher l’animal de respirer, elle ne retient pas vraiment le bridon. Alors, à quoi sert-elle ? J’ai lu quelque part qu’à la guerre, lorsque le cheval était trop fatigué, le soldat mettait pied à terre, resserrait la sous-gorge et tirait son cheval de force derrière lui de cette manière. Iiiiiiimpossible de retrouver la source de cette histoire, même après avoir farfouillé tout mes bouquins pendant une demi-journée ! Si vous savez d’où elle vient, je vous serait gré de me le dire 🙂 En tout cas, si cette histoire est véridique, monter avec une sous-gorge n’aurait pas plus de sens de nos jours que le montoir à gauche.

A quoi sert la têtière ?

La têtière est ce qui maintient principalement le mors sur la tête du cheval, par l’intermédiaire des montants. La têtière des bridons classiques créerait des tensions dans la nuque du cheval.

A quoi sert le frontal ?

Le frontal permet d’éviter à la têtière de trop reculer. Pour s’en rendre compte, il suffit d’essayer de le retirer. Il a aussi une fonction esthétique évidente, c’est un élément décoratif facile à changer voire même à fabriquer. On trouve une grande variété de frontaux sur le marché : frontal à strass, perles, et autres breloques ; frontal en corde, frontal en V, etc.

Les alternatives qui existent

Pourquoi ne pas monter sans sous-gorge, ni muserolle, ni frontal ?

Pourquoi ne pas monter sans sous-gorge, ni muserolle, ni frontal ?

Retirer des éléments inutiles ou nuisibles

Pour se passer de mors, il existe une multitude de possibilités : le licol en corde (ou licol éthologique), divers types de sides-pull, le hackamore, le bosal… Cet article sur les différentes ennasures permet d’approfondir le sujet.

Améliorer le bien-être du cheval en supprimant le frontal : un frontal mal ajusté peut comprimer les muscles du front. Dans son article « Pourquoi j’ai enlevé le frontal à mes chevaux« , Laura d’Equiteamperformance raconte comment son cheval a cessé de grincer des dents lorsqu’elle a décidé de retirer le frontal de son bridon.

Supprimer la sous-gorge et la muserolle et ne conserver que les montants et la têtière, avec ou sans frontal, pourquoi pas ? Vous pouvez retirer vous-même ces parties du bridon, et vous pouvez même acheter le bridon « lanière » tout seul, chez Equi-Bride par exemple.

Et si on ne gardait QUE le mors ? C’est la solution offerte par les mors Méroth et Tabal. Un mors en cuir maintenu dans la bouche du cheval par une simple gourmette. Ci-dessous, la cavalière Luciana Diniz montant As Taro en Méroth aux Paris Gucci Masters 2010.

 

Améliorer tout ou partie du bridon

Des matériaux plus doux pour le mors : il est possible d’adoucir l’action du mors en optant pour des matériaux comme le cuir, la résine ou le caoutchouc, plutôt que le métal. Ces mors ne sont pas uniquement réservés aux jeunes chevaux ! Si votre cheval est avancé dans le travail, a bien compris l’action du mors, et y répond parfaitement, pourquoi ne pas le soulager en optant pour un mors plus doux ?

Soulager la nuque en redessinant la têtière : certaines marques proposent des bridons spécialement dessinés pour améliorer le confort du cheval. Quelques exemples :

freedom-bridle-stubbenRedessiner l’ensemble du bridon : à l’occasion des JEM, j’ai découvert la « Freedom Bridle » par Equisoft et Stübben. Dans ce bridon innovant, absolument tout a été repensé et redessiné pour optimiser le confort du cheval. Ce bridon ne sera commercialisé qu’au printemps 2015 et sera détaillé dans un futur article. En attendant, une photo du prototype chipée sur le mur facebook de Stübben France :

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20 commentaires

  1. Chez nous le mors est déjà à la poubelle 😛 . Et quand aujourd’hui je vois de plus en plus de gens arriver aux mêmes résultats avec ou sans mors, clairement pour rien au monde je n’y reviendrais. Ce qui m’embête encore c’est la têtière mais là… (l’an dernier, avant que l’on ne jette le mors, le mors Meroth me paraissait être une bonne alternative) ^^. Je ne désespère pas d’un jour pouvoir nous passer de tout ça avec Kalinka. Mais on en est trèèès loin !

    Super article qui ouvre à pleins d’horizons, merci ! 🙂

    • Moi je voulais le foutre à la poubelle jusqu’à ce que je rencontre cet extraordinaire enseignant. Je ne dirais pas que le mors, c’est mieux, mais je pense qu’accompagné par quelqu’un qui SAIT, le mors n’est pas le mal ^^ En revanche, je suis d’accord : rien du tout, c’est pas mal non plus ^^

  2. J’ai commencé par retirer la muserolle à mon dada. Quelques mois plus tard, j’ai aussi retiré le mors. Je ne m’étais jamais posé la question pour la sous-gorge et maintenant que tu le dis, c’est vrai que ça sert à rien au final… à creuser…. Sympa cet article, j’aime beaucoup ! Merci !

    • ça fait de chouettes perspectives d’explorations, hein 😀 Moi aussi, j’ai viré la muserolle direct. Maintenant, je lorgne sérieusement sur le méroth.

    • Ouais, faut absolument que je retrouve la source… En tout cas, d’expérience, la sous-gorge ne permet pas vraiment de tenir le bridon, et heureusement pour la sécurité du cheval.

  3. C’est bien intéressant tout ça. Notamment l’info sur les douleurs liées à la têtière.
    Pour la muserolle, ça ne m’étonne pas, souvent les poneys n’en ont pas, et ça ne manque pas. Et le mors sans filet, là ça m’épate!

  4. Tu as piqué ma curiosité avec ton histoire de sous-gorge ! Je vais mener une petite enquête de mon côté pour tirer tout ça au clair (qui a dit que j’ai trop regardé la série Sherlock Homes ^^ ?).

  5. Intéressant cette article! J’adorerai avoir le fin mot pour la sous-gorge :p

    Plus le temps passe, plus j’en viens à m’intéresser au matériel et à me poser des questions et c’est vrai qu’en équitation, on garde énormément de choses par tradition. Nos filets pourraient être largement allégés sans que cela change quoi que ce soit à notre travail, au contraire !

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